Au-delà des gènes, l’homme est un être de parole qui se constitue, au fil des jours, dans ses relations. Quelques sociétés pourront toujours essayer de réduire l’humanité à un assemblage génétique afin d’identifier et de classifier les hommes, d’établir les filiations, de prévenir la délinquance et les crimes, de guérir l’homme de ses perversions, rêver enfin d’un homme normé.
    Nous voilà rassemblés autour de Jésus, fils -douteux et montré du doigt- de Marie et Joseph. La génétique de Dieu, d’ailleurs, a toujours été douteuse, portant son regard sur les femmes stériles et les prostituées, privilégiant les greffes, les rejetons, les alliances bancales, et pour finir les élections au cœur du vivier.
    Nous voilà rassemblés autour de Jésus, né de paroles échangées, enflées de tendresse et de reconnaissance, né de la chair mais justement d’une chair qui ne se réduit pas à elle-même, une chair ouverte à la parole et à l’esprit, au don de l’autre, une chair inscrite dans le tissu de la vie, d’une histoire d’amour entre deux êtres.
    Nous voilà rassemblés, autour de Jésus, fils d’homme, fils de l’humain, et donc autour de la question de la filiation, de la paternité et de la fraternité, une question qui ne peut se résoudre que dans de la champ de la parole.
    Nous voilà donc rassemblés en ton nom, comme tu nous l’as enseigné, mais avant tout comme des brebis qui ont soif et faim, des brebis en quête de pâturage.

    Seigneur, voici que nous nous tenons, pour quelques instants, à l’écart : ce lieu d’intimité où chaque homme est appelé à retrouver le souffle qui l’anime, le désir qui le met en mouvement, le sens de sa marche orienté par l’aiguille de la boussole qui indique, imperturbablement, le pôle du Père.

    Nous nous tenons à l’écart, en présence, posture spirituelle plus que retrait d’un monde qui n’en finit pas de bouillonner, de nous déranger, de nous appeler, un monde que nous avons le devoir d’habiter et de transformer.

    Nous pouvons reprendre la prière que Jésus nous a appris, celle capable de révéler nos liens de fraternité, c'est-à-dire de se reconnaître filles et fils d’un même Père, en disant … Notre Père …

    Voici que nous apportons le pain et le vin, substances de notre vie quotidienne, fruit de notre labeur et de nos alliances. Nous te les présentons sur la table de l’offrande, signe que nos richesses ainsi que nos pauvretés, seront toujours assez abondantes pour peu qu’elles soient données, partagées et distribuées, signe également que toi seul, Seigneur, peut sortir l’humanité de ses doutes, de ses enfermements, de ses égoïsmes, de ses limites … en lui indiquant simplement une brèche dans le ciel, une brèche au cœur de lui-même, une brèche dans ses impossibles …

    Seigneur, toi qui demeures dans les cœurs, entends nos paroles, nos cris et nos silences, écoute nos prières afin que nous devenions un peu plus libres, un peu plus justes, un peu plus à ton image et que nous devenions dans la terre du monde, présence paisible, rayonnante, chaleureuse et portée par l’espérance.

    Merci, Seigneur, de nous rappeler à chaque partage de la parole, du pain et du vin, cette filiation dont tu nous as fait grâce, cette filiation qui nous appelle à la fraternité dans nos diversités, à la vie en communion dans nos différences. Partageant le pain, nous le transmettant de main en main, sans jamais le posséder, nous pouvons recevoir à nouveau notre propre existence comme une bénédiction.
    Tu nous rappelles que prendre un repas à deux, trois ou cinq milles, ce n’est jamais seulement combler un besoin, c’est entrer dans une relation créatrice, c’est faire vibrer le désir de vie en communion qui nous anime. Rassemblant les restes d’une relation qui ne consomme jamais tout, tu nous renvoies toujours sur nos propres routes, en ta présence.